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 Tristan, dessinateur affable

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Tristan

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MessageSujet: Tristan, dessinateur affable   Mar 25 Oct - 0:55



Membre mineur de la famille royale d'Ambre, Tristan a passé la plus grande partie de sa vie loin du Cercle d'Or. Il fréquente depuis quelques temps le château d'Ambre, tour à tour émerveillé, effrayé ou déçu par ce qu'il y découvre. Le personnel a rapidement adopté le jeune artiste, rêveur et introverti, aux accès de grandiloquence un peu ridicules, mais toujours courtois et aimable. Ses oncles et tantes se méfient davantage, mais paraissent l'apprécier depuis qu'il a passé la Marelle, assumant ainsi son illustre héritage.

Sa mince silhouette est donc devenue familière. D'allure élégante, sans trop d'ostentation, Tristan oublie néanmoins souvent de coiffer ses cheveux bruns, mi-longs. Ses yeux bleu-vert s'illuminent devant les merveilles que recèlent Ambre, paysages, monuments ou jeunes dames. Son maintien irréprochable, son aisance à la Cour et ses talents de danseur traduisent sans doute une éducation aristocratique. Tristan respecte d'ailleurs l'étiquette avec soin et scrupules.

Le jeune chevalier a adapté ses couleurs, turquoise et or parfois rehaussées de noir, à la mode locale. Il préfère les vêtements légers, en soie ou dans d'autres tissus aussi solides que précieux. Boutons et fermetures, fibules, broches, épingles, aiguillettes ornées de ferrets, sont de véritables pièces d'orfèvrerie, des entrelacs finement ouvragés. Tristan ne s'encombre pas d'autres bijoux, à l'exception d'une chevalière gravée de son sceau.
Un accessoire le quitte rarement : une robuste ceinture de cuir brun, équipée d'une petite besace. Tristan chausse le plus souvent des bottes de cavalier, assorties à ce ceinturon. Il s'adonne volontiers à l'équitation mais reste aussi éloigné que possible des maîtres d'armes du château.

Son sceau a été dûment enregistré dans les registres : cinq nœuds celtiques formant une roue.



Ces derniers temps, Tristan a été aperçu aux quatre coins du château, un carnet de croquis à la main. Il n'hésite pas à demander, toujours avec délicatesse, la permission de  dessiner un portrait.

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mer 9 Nov - 21:02

Atouts de Tristan

La famille de Tristan aux Cours.


Des auto-portraits.


Bleys, l'un de ses anciens professeurs, en plusieurs versions.

Un premier jet, au début de ses études, sur un fond à pleine crayonné.
Un second Atout, rendant davantage justice à son modèle, qui s'inspire de manière cocasse d'un événement récent.

Emetrios, un cousin trouvé en fâcheuse posture.

Le croquis initial a été  esquissé de mémoire - grâce à l'aide de Rinaldo.

Julian, un oncle qui a toujours intimidé Tristan.


Cassandre, une cousine qui a fait l'unanimité.


Lystrella, une fille de Caine qui ne ressemble guère à son père.


Un Dodécapode.

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Dim 18 Déc - 19:41

Projets

Un atout de Bérenger, s'il arrivait à rester immobile pour prendre la pose.


Un atout de Tristan sous son vrai visage à Ambre.


Un moyen d'augmenter la portée des atouts.

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Dernière édition par Tristan le Sam 28 Avr - 0:36, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Lun 2 Jan - 0:36

Dictionnaire personnel

Chélicérate irisé :
Le plus grand exploit de Tristan, pendant sa jeunesse dans les Cours, fut la traque et la mise à mort d'un énorme Chélicérate irisé. La chitine translucide et chatoyante de cet insecte géant, haut comme une grange, peut changer de couleur sous l'effet de la lumière. En fait, tant qu'il fait jour, celui-ci peut se rendre presque invisible.
Après une longue battue, Tristan a planté un épieu plus long que lui dans le prosome antérieur de la bête - l'équivalent du cou - le tuant net. Depuis, Zorah Zeydon, son exigeante mère, ne l'a plus obligé à chasser en sa compagnie. La tête du monstre figure en bonne place dans le pavillon de chasse familial. En remerciement, Tristan porte un toast à ce trophée à chaque fois qu'il séjourne dans ledit pavillon.

Culte du Serpent :
Même un arrière-petit-fils de la Licorne ne peut échapper aux enseignements du Culte du Serpent s'il grandit dans les Cours.
En effet, la majorité des chaosiens vénèrent le Serpent et en prennent les stigmates. Le culte du Serpent prône les valeurs d’adaptabilité et de séduction, de méfiance, de rigueur morale et de jugement. La plupart des valeurs du Serpent sont rattachées à la vision du monde d’un métamorphe. Un métamorphe se doit de pouvoir s’adapter à toutes les situations, qu’elles soient physiques, sociales ou mentales. Mais il doit aussi déterminer ce qu’il est vraiment, d’établir son propre archétype, s’il veut ne pas perdre sa personnalité et ses aptitudes au fil de ses métamorphoses.
Même si Tristan n'est pas un métamorphe, il respecte à sa manière les valeurs du Serpent. Quand il est arrivé à la Cour d'Ambre, il s'est ainsi adapté à ce nouvel environnement. Il n'a jamais mis en avant son héritage chaosien - en fait, il a plutôt cherché à le faire oublier. Mais le jeune prince aimait rappeler discrètement celui-ci dans certaines circonstances, par exemple en arborant une bague en forme de serpent enroulé autour du doigt.
Tristan se définit lui-même comme un artiste et un érudit. Il se demande encore parfois qui il est vraiment et comment ne pas se perdre.

Demi-dieux, dieux et membres du panthéon :
Pendant longtemps, et peut-être encore aujourd'hui, Tristan a entretenu une sorte de complexe d'infériorité vis-à-vis de sa famille ambrienne. Il appelait celle-ci le panthéon et ses membres les dieux ou les demi-dieux.

Dodécapodes :
Parmi tous les étranges serviteurs de sa mère, les Dodécapodes jardiniers étaient ses préférés - à l'exception de sa gardienne bleue, bien sûr. Leur cuirasse émeraude et leurs nombreux membres coordonnés à la perfection fascinaient le jeune garçon.
Tristan a fini par recruter ses propres Dodécapodes, plus massifs et à la carapace blindée. Leurs teintes rouges et pourpres permettent de les distinguer sans peine des jardiniers de Zorah Zeydon.

Distillat cendreux :
Tristan préfère les alcools forts des Cours à la plupart des breuvages servis à Ambre - à l'exception peut-être de cet agréable vin pétillant venu de la planète Terre, traître comme un membre de la famille.
Selon le jeune prince, le fameux Distillat cendreux de la famille Zeydon surpasse sans peine les autres tords-boyaux de l'empire. Une liqueur grisâtre qui serait sans doute considérée comme un carburant dans certaines ombres.
La résistance à l'alcool de Tristan pourrait surprendre nombre de ses cousins, d'autant qu'il ne s'en vante pas à Ambre. En société, le jeune prince consomme de l'alcool avec modération. Du reste, les soit-disant boissons fortes servies dans les palais comme dans les bouges s'apparentent le plus souvent à de l'eau tiède selon ses critères. En privé, par contre... Tristan continue à s'entraîner. Dans sa jeunesse, les seules activités physiques où Tristan surclassait les métamorphes étaient les concours de beuverie et les longues randonnées. Ceci explique sans doute cela.

Monomorphe :
Né dans les Cours mais incapable de se métamorphoser, Tristan a vécu une jeunesse... compliquée. Pour empêcher le jeune monomorphe de s'égarer dans une ombre où il serait incapable de survivre, la mère de Tristan a engagé un garde du corps : une colossale et débonnaire démone bleue qui a fini par devenir sa meilleure amie. Elle lui a inculqué la prudence, qui a fini par devenir une seconde nature chez lui. Manquer de tomber dans un lac d'acide parce que vous vous êtes trompé de porte vous forge le caractère.
Au palais d'Ambre, la prudence de Tristan a pris la forme d'une courtoisie exquise et d'une diplomatie à toute épreuve. Certains de ses cousins ont pu toutefois se rendre compte que le jeune prince n'aimait guère s'exposer au danger et pouvait parfois se montrer un tantinet paranoïaque.

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mar 3 Jan - 0:10

Journal en marge d'un carnet de dessins

Salle du trône d'Ambre, presque vide en ce milieu d'après-midi.

Je commence les esquisses préparatoires pour un Atout de Dame Margot. La maîtresse du protocole n'a pas autant de travail qu'elle le souhaiterait sous le règne de mon père, mais elle pourrait être une alliée utile dans cette cour étrange. L'étiquette informelle imposée par Random me déstabilise un peu, comme beaucoup de choses que font les Ambriens. Ou ne font pas.
Margot me rappelle les matrones de ma Maison, et même la duchesse Zeydon : une beauté sans âge, parée d'or, dont la courtoisie sans faille souligne plutôt qu'elle ne dissimule une volonté des plus inflexibles. Bien sûr, de nombreuses différences subsistent. Margot est vêtue d'argent plutôt que d'azur. Elle n'a pas de cornes sur la tête ni de crânes de démons désobéissants à la ceinture. Surtout, son sourire ne révèle pas des crocs avides mais une sage gaieté.
J'avoue avoir attiré mon modèle dans la salle du trône sous le fallacieux prétexte d'un cours de danse, qui s'est vite transformé en séance de pose, au grand amusement des gardes. En fait, je n'ai plus besoin de leçon de chorégraphie mondaine, depuis longtemps. Dans ce domaine, j'ai eu les meilleurs professeurs. Une fois à Ambre, j'ai appris les pas à la mode... au pas de course !

Donc, le visage délicat de Dame Margot prend forme sur la toile, lorsque le roi m'interrompt. Je pose mon fusain. Je n'ai pas si souvent l'occasion de parler avec mon demi-dieu de père. Random veut réunir toute la famille et a une mission à me confier. Je dois prévenir Emetrios, fils d'Eric, le roi martyr. Je me souviens un peu de ce cousin. Un bretteur maussade, préférant frayer avec la domesticité, au mépris de toutes les convenances.

Une réunion de famille ?  Je n'ai jamais vu le panthéon au complet. J'éprouve à cet instant un mélange d'excitation et de peur. Un frisson parcourt même mon échine, mais la fraîcheur des températures en est peut-être la cause. L' hiver s'annonce précoce.

Bien sûr, je refuse de décevoir Random. Je vais ramener Emetrios à Ambre le plus rapidement possible. Voyager à travers Ombre, depuis le centre de toute la réalité, prendrait bien trop de temps, alors qu'un simple contact d'Atout suffit. Je n'ai jamais eu le temps de peindre son image, mais peut-être sa carte figure-t-elle dans les jeux laissés à la disposition de la famille, à la bibliothèque ?

Bibliothèque d'Ambre, seul avec Rinaldo.

Je découvre que mon oncle Bleys a rationné les Atouts.



Cette décision surprenante améliore sans doute ma position au sein de cette cour, puisque je sais dessiner ces cartes magiques. Mais ma mission se complique.
Mon cousin Rinaldo, roi de Kashfa, consulte des atlas. Il accepte bien volontiers de me prêter assistance. Il a laissé une partie de ses Atouts chez lui, dont celui d'Emetrios. Cependant, il peut m'aider à terminer un croquis du fils d'Eric, doté de suffisamment de pouvoir pour un seul contact. Ses souvenirs complètent les miens.



Je me concentre sur notre œuvre. Emetrios m'apparaît. Sous une table, en bien fâcheuse posture. J'ai bien fait de me hâter, de toute évidence. Je tend ma main vers lui et le conduit à l'abri.

Bibliothèque d'Ambre, avec Emetrios et Rinaldo.

Je viens de sauver la vie d'Emetrios. Mon morose cousin a maintenant une dette envers moi. Je ne sais pas s'il est opportun de le souligner, tant il est déjà d'humeur chagrine. Le voilà qui déniche une bouteille d'eau-de-vie et entreprend de la vider. Je lui remets tout de même l'invitation de Random. Emetrios la lit en maugréant.

Il explique qu'une dizaine de chiens de l'enfer l'ont poursuivi à travers ombre. J'essaye de prévenir Random par Atout, en vain. Je contacte Vialle et constate que la reine supervise l'aménagement d'une aile du palais. De nombreux invités sont donc attendus, pour une durée indéterminée. Elle paraît très occupé, mais je lui transmets tout de même le message.

Emetrios continue de discuter avec Rinaldo. Il montre l'illustration d'un livre de conte et décrit une sorte de loup aux yeux verts, avec de grandes oreilles et une langue fourchue d'un pied de long. Nous manquons d'éléments pour identifier l'animal, mais Rinaldo évoque l'hypothèse de bêtes du Chaos. Je partage cet avis, mais je me garde bien de le dire à haute voix. Du reste, les personnes qui pourraient me renseigner sont trop loin pour être contactées par Atout.

Rinaldo nous salue avant de retourner dans ses appartements, voir son épouse. Je le remercie une fois de plus de son aide, tout en m'interrogeant sur les nombreuses rumeurs entourant Corail, la reine de Kashfa.

Bibliothèque d'Ambre, coincé avec Emetrios.

Je me retrouve en tête-à-tête avec mon atrabilaire cousin. Emetrios veut à tout prix enquêter sur les fauves qui ont manqué de le tuer. Il semble considérer ma participation dans cette entreprise comme acquise. Quitte à me traîner derrière lui.

Suivant le conseil de Vialle, et même si cela m'en coûte, je préfère appeler mon oncle Julian par Atout. Le dieu de la chasse, le grand veneur d'Ambre, le cavalier à la monstrueuse monture, le maître des hordes hurlantes d'Arden. Je dois le reconnaître, j'ai été marqué, durant mon enfance, par les cérémonies sanglantes se déroulant dans sa chapelle, cachée au cœur de la première Plaisance.



Julian m'écoute. Il estime qu'Emetrios n'était pas vraiment en danger, vu qu'il sait se servir d'une épée et s'entoure souvent de combattants. Je n'ai pas vu ces derniers sous la table où mon cousin s'était réfugié. Bref, il va tout de même prévenir ses hommes, nous en parlerons plus tard.

Un peu rassurés, Emetrios et moi nous séparons.

Chambre de Tristan.

Être fils du roi a ses avantages. J'occupe une vaste chambre, où j'ai pu aménager un espace de travail. L'inconvénient restant le chauffage, surtout en cette fin d'automne glaciale. Je demande à un valet de m'apporter du bois. Lorsque la température redevient confortable, j'étale mes Atouts sur mon bureau. J'essaye, encore une fois, de contacter mon autre famille.



En vain. Les Atouts n'atteignent pas l'autre extrémité de l'univers. Contrarié par ce nouvel échec, je passe une bonne partie de la nuit à recouvrir des pages de mon meilleur papier. Non pas de dessins, pour une fois, mais de calculs et de schémas. Je consulte tous les ouvrages à ma disposition sur le fonctionnement des Atouts. Il doit bien y avoir un moyen d'augmenter la puissance, la portée des cartes. Je me plonge dans ma mémoire. Lors de mes études dans la Plaisance de l'Esprit, j'avais fait de nombreuses expériences sur les ondes de toutes sortes. Peut-être qu'un ou plusieurs relais, alimenté par des sources d'énergie locales...

Je consacre donc l'essentiel de mon temps à l'étude. Après plusieurs heures, ou journées peut-être, exténué, je laisse mon crayon vagabonder sur le papier. Ce qu'il faudrait, c'est une sorte de relais entre le Serpent et la Licorne, peut-être du côté de l'arbre servant de frontière entre les domaines du chaos et de l'ordre, le mythique Ygg. Comme une antenne redistribuant de l'énergie, de l'électricité. Ou quelque chose de plus prosaïque ?

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mar 3 Jan - 0:14

Jardins du Château d'Ambre, Chapelle de la Licorne, de bon matin.

La réunion de famille décidée par le roi aura lieu aujourd'hui. La journée commence par une cérémonie, un peu trop matinale à mon goût. Dois-je rivaliser d'élégance avec ma parentèle ?  Je préfère revêtir un costume dans lequel je me sente à l'aide. Je sors de mes valises le plus sobre et le plus confortable de mes manteaux : une belle redingote turquoise, aux gros boutons dorés. Avec un pantalon assorti et une épaisse chemise noire, elle fera l'affaire, même si la coupe et la couleur paraîtront sans doute un peu exotiques par ici.

Je m'apprête avec soin, échouant comme souvent à dompter ma sombre crinière. Je me demande parfois si mes capacités de métamorphe, latentes selon mes précepteurs, ne se manifestent pas dans mes cheveux. Juste pour me contrarier, me punir d'avoir choisi la Marelle plutôt que le Logrus. En tout cas, je n'arrive qu'à les aplatir un peu, à grands coups de brosse.

J'arrive un peu en avance, le temps de trouver une place près de Martin, mon demi-frère. Je ne reconnais pas tous les membres de l'assistance, notamment une jeune femme près de Gérard. Certains de mes parents font une entrée remarquée. Emetrios, en retard, est rejoint par un certain Dalt, qui essaye de le dérider. En vain, bien sûr. Martin et Rinaldo m'apprennent qu'il s'agirait d'un oncle, redoutable et revanchard. Un mercenaire haïssant Ambre - autrefois impliqué dans les intrigues de Rinaldo. Fiona fait venir via Atout Bleys et ses deux enfants, le trop brillant Béranger et une fille que personne ne connaît, Clara.

Le temps, froid et humide, me conforte dans mon choix de vêtement. Le roi d'Ambre arrive enfin, accompagné à ma grande surprise du nouvel empereur du Chaos. Il manque quelques-uns d'entre nous, Bénédict, Florimel et Corail, au moins. Mais les rituels vont pouvoir commencer.

J'observe les officiants, aux toges brodées de Licornes triomphantes. Un prédicateur des plus éloquents célèbre la légitimité de la famille royale à régner sur les ombres, puis rappelle celle-ci à ses devoirs. Je comprends que tous ceux qui ne l'ont pas déjà fait vont devoir prêter allégeance au roi. Dans la Passe Zeydon, chaque convention de vassalité aurait été négociée avec acharnement, chaque terme soupesé avec soin, chaque serment personnalisé à l'extrême. Nos matriarches ont très fortes à ce petit jeu. Ici, à Ambre, ce sera tout ou rien. Je m'inquiète de la réaction des dieux les plus querelleurs devant le reste du panthéon.

Le premier à devoir reconnaître Random comme suzerain est ce fameux Dalt, fils d'Obéron. Martin me glisse qu'il a survécu à un duel avec Bénédict. L'individu s'avère habile : il s'est assis à côté d'Emetrios et, par contraste, fait presque figure de boute-en-train. Il prête serment devant une assemblée tendue.

Je suis ensuite appelé. Cachant sans mal sans surprise, je me vois légitimé par Random et nommé Duc de l'île du Levant. Des émotions contradictoires m'assaillent. Réserver ma loyauté à Ambre et prendre ma place dans l'ordre de succession m'expose davantage que je ne l'aurais voulu. De bien des façons. Ce choix, pourtant, je l'ai fait il y a longtemps. Que dirait ma mère ?  Peut-être que c'est la forme que j'ai voulue, que je dois assumer et magnifier. Si le hiérophante à côté de mon père entendait mes pensées, il hurlerait sans doute au blasphème.

La cérémonie suit son cours. Les formalités m'apaisent. Cinq cousines, très différentes, se succèdent. Je note que Corwin, Fiona et Gérard n'ont pas présenté d'enfants. Bénédict et Florimel, tous deux absents, non plus.

Dans un labyrinthe végétal, près de la Chapelle, après la cérémonie.

La majorité des invités s'éclipse. J'entame une conversation avec son demi-frère. Martin semble désireux de connaître mon avis sur la cérémonie et les personnes qui y ont assisté... ou pas. Il m'entraîne dans un labyrinthe végétal, un peu à l'écart. Là, il me fait part de ses inquiétudes : l'absence de Bénédict lui paraît de fort mauvais augure. Il finit par me convaincre d'enquêter, avec discrétion, à ce sujet.



Une de nos cousines nous rejoint. Lystrella, fille de Caine, le dieu de la mort. Cette maîtresse femme plutôt délurée vient à peine de découvrir notre famille et sollicite quelques conseils. Devant cette inconnue, Martin retrouve sa prudence habituelle. Il sait mieux que personne qu'il ne faut tourner le dos à aucun de ses parents. Mon demi-frère incite Lystrella à la méfiance et à la mauvaise foi, deux alliées de poids à Ambre. Je complète son propos : nos aînés comprennent les manipulateurs et se défient des gens trop honnêtes. La fourberie est donc de rigueur. Lystrella manifeste sa déception.

Nous en venons à débattre de la reproduction des comportements parentaux et de la transmission des schémas familiaux... Je regrette de n'avoir pas autant étudié la psychologie lors de mes séjours dans la Plaisance de l'Esprit, lui préférant les sciences dures. Bref, nous convenons que les petits-enfants d'Obéron, moins traumatisés par le premier roi d'Ambre, pourraient être plus sociables et plus francs que leurs aînés.

En parlant de traumatisme : voilà Emetrios qui s'amène, Bérenger sur les talons. Ce dernier a également été attaqué par des loups. Mon lugubre cousin s'efforce une nouvelle fois de m'embrigader dans une expédition visant à retrouver le commanditaire de ces attentats. Les fauves qui ont manqué de le dévorer étaient suivis par des arbalétriers, bien décidés eux aussi à l'occire. Bérenger a le même but mais contredit Emetrios sur les méthodes. Le fils d'Eric envisage en effet un groupe de chasseurs le plus réduit possible, une poignée d'hommes à peine, se privant notamment de l'aide proposée par Victoire, la fille de Julian. Il préfère emprunter la voie des mers. Ses épanchements morbides et son flegme à évoquer son éventuelle disparition achèvent de me convaincre : l'individu est fasciné par la mort et se complaît dans la violence tout en étant horrifié par elle, en parfait masochiste. Il m'en coûte de l'écrire, mais le plan de Bérenger, acceptant toute l'aide disponible et passant par Arden, paraît plus cohérent.

Suite à ma conversation avec Martin et Lystrella, je décide pour une fois de me montrer franc. J'exprime une sincère consternation à passer du temps en compagnie de mes deux cousins, le brun atrabilaire et le rouquin surexcité, mais me montre prêt à rejoindre une campagne préservant le droit des princes d'Ambre à voyager à travers les Ombres. Je pose plusieurs conditions : que Bérenger s'occupe de la descente aux enfers, que l'escorte armée soit conséquente - deux mille hommes, par exemple - et qu'elle ne soit pas dirigée par Emetrios. Pourquoi pas par Lystrella, qui paraît habituée à commander ?

Retranscrire la suite de mes échanges avec mes cousins m'est pénible. Comment les Ambriens ont-ils pu gagner la guerre contre les Cours ?  Nous sommes incapables de nous entendre.

Tous essayent de me convaincre de réduire notre escorte, même Martin - mais c'est bien le seul point sur lequel mes interlocuteurs sont d'accord. Devant l'entêtement d'Emetrios, Bérenger, toujours aussi agité, le soupçonne d'être contrôlé par le mystérieux commanditaire et d'essayer de nous attirer dans un piège. Son élucubration s'appuie sur la morsure subie par Emetrios, qui peine à cicatriser. Le fils de Bleys lâche le mot lycanthropie. J'essaye de calmer les débats et accepte de me contenter d'un demi-escadron de cavalerie, une soixantaine d'hommes. Personne ne saisit la perche tendue.

Lystrella, la première à vanter les vertus de la franchise et de l'honnêteté, tente de me manipuler grossièrement en aiguillant mon orgueil : puis-je faire moins que Bérenger, prêt à partir en petit comité ?  L'argument n'a pas de prise sur moi. Je sais très bien que le fils de Bleys me surpasse dans tous les domaines auxquels il prête attention. Mon amour-propre en a souffert pendant que j'étudais la Marelle, mais j'ai côtoyé depuis de nombreux immortels bien plus impressionnants que lui. La compétition ne m'intéresse pas. Je veux juste trouver ma propre voie, ma propre forme.

Martin, lassé par la tournure de la discussion, nous quitte. Bérenger le suit, non sans répéter ses accusations contre Emetrios. Troublé par les obsessions, les caprices et les chicaneries de ma parentèle, je sort mon atout du port d'Ambre et trouve refuge dans un cabaret de ma connaissance. J'y commande quelques verres d'un alcool soit-disant en provenance directe des Cours du Chaos. Le goût et la force du breuvage me remettent d'aplomb, même si une pointe de nostalgie m'effleure. Je retourne au château me préparer pour le dîner.

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mar 3 Jan - 0:15

Château d'Ambre, dans ma chambre, pendant l'après-midi.

Je laisse ma redingote, bien trop chaude pour le dîner. Après une toilette complète et parfumée, j'opte pour un costume plus à la mode d'Ambre, un pourpoint de satin noir avec manches à crevées, laissant apparaître une chemise turquoise aux manchettes serrées sur les poignets. Les chausses sont bien sûr assorties au pourpoint.




Après réflexion, je m'autorise deux bijoux pour l'occasion : un lourd médaillon gravé d'une représentation de la Marelle et, comme pour compenser le précédent, une bague en forme de serpent sinueux, offerte par ma mère.





Château d'Ambre, salle de bal, en début de soirée.

Contre toutes mes habitudes, j'arrive très en avance au dîner. La salle de bal a été somptueusement décorée pour la soirée. Le buffet répond à mes attentes. Un curieux breuvage pétillant, subtil et traître comme un aîné ambrien, est servi à foison. Il viendrait de la Terre, ombre de villégiature de Florimel et de Corwin.

Un orchestre est installé dans un coin, autour de Martin. Mon frère se préoccupe davantage de ses musiciens que des invités, mais je lui supplée volontiers. La réception s'annonce moins intime que la cérémonie du matin. De nombreux notables d'Ambre et du Cercle d'or arrivent petit à petit. Me souvenant de la promesse faite à Martin, j'en profite pour me renseigner discrètement auprès des amis de Bénédict, comme Lord Chantris, ou des courtisans les mieux informés, tel Sir Randel, sur la situation actuelle de mon oncle, le dieu de la guerre. Personne ne semble avoir de nouvelles. Bénédict s'est retiré en Ombre peu de temps après le couronnement de Merlin est n'a pas donné de signes de vie depuis.

Les autres membres du panthéon ne se pressent pas, à l'exception de Fiona. La sorcière m'a précédé et passe de groupe en groupe, tout sourire. Lystrella arrive, suivie par Nora et Victoire, apparemment déjà complices.

Je suggère à Lystrella de réserver la logistique de notre éventuelle expédition à un intendant lucide et blasé. C'est-à-dire... peut-être pas Emetrios. Puis je badine avec Fiona, en évoquant mes problèmes de communication. Attentive, ma tante paraît trouver mes réflexions intéressantes, mais peut-être n'est-ce que de la politesse de sa part ?  Avant de la quitter, je lui demande ce qu'elle pense des créatures ayant attaqué Bérenger et Emetrios. Fiona m'invite à la prudence et semble vouloir creuser la question avec Bérenger.

J'offre ensuite ma plus belle révérence à Nora et Victoire. Pour réaliser que celles-ci, prédatrices mondaines, cherchent une cible à leurs moqueries. Je m'esquive avec grâce - avant que leur choix ne s'arrête sur moi !

Mes autres parents finissent par nous rejoindre, seuls ou en petits groupes. Rinaldo a un service à me demander.

Après les courtoisies d'usage, le fils de Brand vante l'Île du Levant, mon nouveau fief : là-bas, les falaises, la mer et le soleil s'allient pour inspirer les artistes. Tout en buvant une flûte de ce fameux Champagne, il explique venir sur les conseils de Merlin, qui me tiendrait en haute estime. Et en vient enfin au but.
Une médiation semble nécessaire entre son épouse, Corail, également notre tante, et Random, le roi, mon père. Corail était invitée mais a préféré ne pas venir à Ambre aujourd'hui. Depuis ses démêlées avec Dworkin et la Marelle, et la greffe de l'oeil du jugement, elle se méfie et craint de devenir l'objet des convoitises de ses frères et sœurs. Néanmoins, elle ne veut pas manquer de respect à Random et tient à l'assurer de son dévouement.
J'accepte de servir d'intermédiaire - un rôle auquel je vais devoir m'habituer, sans doute.

Rinaldo aperçoit Merlin. Les deux cousins tombent dans les bras l'un de l'autre. Du coin de l'oeil, je vois Victoire et Nora se diriger vers Emetrios. La chasseresse est prête à en découdre. Je dois reconnaître que mon regard est plutôt attiré par la fille de Llewella. Je réalise qu'elle me rappelle ma dernière amante. Une cousine ravissante, vêtue de bleu, une fausse ingénue, jouant les discrètes mais sachant très bien ce qu'elle veut.

Ces souvenirs en appellent d'autres. Les proches que j'ai laissé derrière moi me manquent. Mais j'ai l'occasion de les contacter : Merlin, empereur des Cours du Chaos, doit disposer d'un moyen de retourner rapidement dans son domaine. Je peux lui confier quelques missives pour ma mère et mes amis. Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?  Je m'éclipse et court rédiger trois lettres.

Lorsque je retourne à la salle de bal, l'entrée est occupée par un cortège royal, qui ne porte pas les couleurs d'Ambre. J'entends un héraut annoncer le roi Thomas de Callistra, Ombre du Cercle d'Or... et sa future épouse, Dame Florimel. Je profite de l'agitation pour rejoindre discrètement les convives. Avant que je n'atteigne Merlin, en grande conversation avec mon père et Gérard, un esclandre éclate entre Fiona et Corwin. Julian s'interpose. Ma tante le remercie et préfère quitter l'assemblée, prétextant une migraine.

Un autre obstacle surgit entre moi et Merlin. Cassandre, la fille de Deidre, paraît sur le point de me demander une faveur, à son tour. Je la salue d'un ton guilleret, tout en essayant de me rapprocher de l'empereur. Par chance, je n'ai pas à expédier notre discussion : avisant Rinaldo qui s'éloigne, Cassandre y met fin d'elle-même et suit le fils de Brand, entraînant Lystrella dans son sillage.

L'occasion fait le larron. Je remets mes lettres à Merlin, programme une entrevue avec mon père pour lui parler de Corail et demande les conseils de Gérard pour la future expédition qu'envisagent Emetrios, Bérenger et Lystrella. Mon père est préoccupé par les attaques que mes deux cousins ont subi et veut justement discuter de ce projet avec eux. Bérenger, un peu agacé, répète encore une fois son histoire. Emetrios, maussade, tourne les talons et se fait réprimander par Gérard.

Malgré tout, Random partage l'avis du fils d'Eric sur la taille du corps expéditionnaire. Il préconise lui aussi un groupe réduit et discret. Ce qui ne plaît guère à Bérenger, qui ose le faire remarquer. Il faut admettre que la discrétion n'est pas son point fort ! Je tente d'apaiser les esprits par une plaisanterie - qui dévoile certains de mes sentiments. Mon  père n'est guère réceptif, ni à mon humour ni à mon émotion. J'en viens à me demander s'il me considère autrement que comme un pion ou un domestique.

Je n'ai pas le temps de m'appesantir sur la question. Cassandre rouvre avec fracas les grandes portes de la salle de bal, traînant Lystrella derrière elle. Elle annonce la mort de Rinaldo. Lystrella se serait emparé de son arme de Cassandre pour transpercer le cœur du fils de Brand. Mon sang se glace dans mes veines. Il est l'un de mes rares bons camarades dans cette cour.

Random prend les choses en main, avec toute l'autorité d'un roi. Il distribue les ordres. La convocation de Fiona m'échoit. Si j'étais un domestique, je serais donc un coursier royal.

Château d'Ambre, dans un couloir.

Je m'éloigne, par l'une des portes transversales, et sort mon atout de Fiona. Celle-ci me répond aussitôt. Elle lit dans mon esprit comme dans un livre ouvert et me propose bien vite un petit stratagème. Une fois notre conversation terminée, elle va utiliser un atout de mon humble personne pour maintenir un lien et voir par mes yeux.

Ma chère tante m'explique que le coupable serait sur la défensive si elle se déplaçait elle-même.

J'accepte, malgré ma réticence à partager mes pensées avec une aussi redoutable sorcière. Jouer les espions constitue presque une promotion, somme toute.

Château d'Ambre, salle de réception.

Lorsque je retourne dans la salle de bal, je remarque Corwin et Cassandre sur le point de partir, escortés par Emetrios et Victoire. Bérenger vient de se faire remettre l'arme du crime et se tient juste à côté de Cassandre. Carla, sa soeur, est sur ses talons. J'ignore les intentions exactes des enfants de Bleys, mais il faut en effet mettre l'objet en lieu sûr. Je m'approche, affichant une mine contrariée. Si Fiona doit enquêter à travers moi, autant examiner le plus près possible les différents protagonistes du drame.

En fait, à cet instant, j'ai encore du mal à croire en la mort de Rinaldo. La culpabilité de Lystrella m'étonne presque autant - à moins que la fille de Caine n'ait surpassé son père dans la fourberie et le cynisme ?  Mon esprit fécond a vite échafaudé une hypothèse. Et si Cassandre était Deidre ressuscitée ?  Sortie de l'Abysse comme une Ty'iga pour posséder le corps d'un de ses reflets en Ombre ? Elle aurait pu prendre le contrôle du corps de Lystrella pendant quelques instants. Mais Fiona n'y croit pas.

En tout cas, je n'ai aucune idée de ce qui va suivre. La présence de Fiona, derrière mes yeux, a-t-elle mis le feu aux poudres ?  Bérenger raffermit sa prise sur le sabre de Cassandre et, d'un grand coup de taille, tente de me décapiter. J'entends Fiona hurler un avertissement. Je recule avec précipitation. La lame m'effleure, sectionnant quelques-uns de mes cheveux. Pendant ce temps, Cassandre a pris en otage un Corwin stupéfait. Sa robe a pris la forme d'une armure hérissée de pointes, digne d'une fille de la Maison Hendrake.

Ma plume n'a guère l'habitude de décrire les batailles. Les événements se déroulent de toute manière trop rapidement pour que j'y comprenne grand-chose. Emetrios se fend. Corwin se défend. Cassandre, touchée, recule, sans pouvoir égorger le chevalier à la Rose d'argent. Mais elle parvient à le blesser à deux reprises, d'un coup d'épaulière et, plus grave, de son autre bras : une longue lame a jailli de son armure et a transpercé le flanc de Corwin.

De mon côté, j'ai à peine le temps de faire un pas en arrière. Victoire a dégainé avec célérité un mince stylet mais n'a pas le temps de poignarder le fils de Bleys. Celui-ci est sauvé par sa soeur : Clara fauche Victoire puis attrape le bras de Bérenger. Elle essaye de lui faire lâcher prise mais a sous-estimé la poigne de l'insupportable rouquin. S'il sait à peine par quel bout tenir une épée, il a triomphé d'innombrables bagarres de taverne - les étudiants ne sont pas les derniers à lever le coude et jouer des poings.

J'ai une ouverture ! Victoire est à terre, Bérenger est juste en face de moi, aux prises avec sa sœur. Alors qu'il enchaîne les crochets dans le foie, je prends mon élan. Fiona n'a pas rompu le contact et confirme que c'est la seule chose à faire. Je me rue en avant et plaque Bérenger. J'arrive au moins à lui couper la respiration - ce qui suffit à Clara pour l'étendre de deux directs en plein visage.

Emetrios s'apprête à porter un nouveau coup à Cassandre. Julian accourt. Une puanteur méphitique emplit soudain l'espace - l'odeur du Logrus !  Cassandre disparaît, comme si elle venait d'être appelée par atout. Un seigneur des Cours du Chaos veillerait donc sur elle ?

Victoire s'est relevée et, en bonne ambrienne mesquine, gifle Clara. Emetrios porte les premiers secours à son oncle. Je m'approche et fait apparaître Fiona. Ce tour de magie paraît moins surprendre les personnes présentes que mon plaquage frontal de tout à l'heure.

Julian et Emetrios gèrent la situation. L'efficacité de mon cousin taciturne me surprend. J'avais fini par oublier que ses lamentations cachaient un combattant aussi formidable qu'implacable. Clara s'occupe de conduire son frère dans les geôles, aidée par plusieurs gardes. Fiona, préoccupée par l'état de Corwin, veut conduire celui-ci dans un lieu plus propice à sa guérison. J'accepte de l'assister. Me voilà infirmier.

Avant de suivre ma tante, je sors mon jeu d'Atouts et en tire deux cartes. Deux autoportraits. Sur la première, je porte un costume zébré qui doit être passé de mode depuis longtemps dans mon pays natal. Je semble vouloir sortir du cadre et inviter le porteur de la carte à danser. Sur la deuxième, je suis vêtu d'une tenue estivale plus classique et porte le cadre de mon portrait.



Je donne ces Atouts respectivement à Clara et à Emetrios, au cas où ils auraient besoin de me contacter.

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Lun 1 Jan - 23:15

Hôpital de Fiona, sur une ombre inconnue.

Fiona nous transporte dans une maladrerie d'une blancheur immaculée. Je cligne des yeux pour m'habituer à la lumière, presque violente. Deux archiatres transportent un Corwin inerte sur son lit de douleur, au beau milieu d'une salle équipée d'une multitude d'instruments. Je reconnais certains d'entre eux, d'une technologie bien plus avancée que celle d'Ambre. D'autres donnent l'impression de sortir de l'antre d'une sorcière.

J'aide Fiona de mon mieux. La blessure de mon oncle, très profonde, l'a laissé entre la vie et la mort. La gravité de son état va nécessiter toute l'attention de Fiona pendant plusieurs jours, au moins. Ma tante a à peine le temps de me donner son avis sur Cassandre. Mon hypothèse d'une Deidre réincarnée lui paraît farfelue : Cassandre lui paraît tout-à-fait ambrienne.

Je dois informer Random de l'état de Corwin. J'appelle mon frère par Atout pour retourner au château.

Château d'Ambre, salle de réception.

Martin était en pleine conversation avec Florimel, autour du buffet dressé pour la réception. Je me découvre une faim de loup. Tout en complimentant ma tante pour son futur mariage, je profite de l'occasion pour me sustenter un peu. Je finis par comprendre que Martin et Llewella vont suivre Florimel à Callistra et représenter Ambre pendant les préparatifs du mariage.

Je salue l'assistance et m'éloigne, espérant trouver rapidement Random. Où peut-il se trouver, après tout ce qui s'est passé ?  Je n'ai pas à chercher bien longtemps : mon père me contacte presque aussitôt par Atout. Random demande mon témoignage sur les derniers événements.
Je commence par lui expliquer le petit stratagème imaginé par Fiona, le contact d'Atout qu'elle a maintenu pour voir par mes yeux et enquêter sans attirer l'attention. Je poursuis en lui racontant comment, lorsque je me suis approché de l'arme du crime, Cassandre a croisé mon regard et ordonné à Bérenger de me tuer. Je conclue en rappelant mon rôle, modeste mais décisif, dans l'escarmouche qui s'ensuivit.

Pendant que mon père réfléchit en maugréant, je profite de l'occasion pour délivrer deux messages.
Le premier m'a été confié par Fiona. Je décris au roi l'état de Corwin et explique l'absence de ma tante.
Le deuxième, posthume, n'est plus qu'un triste devoir. Je rapporte à Random certaines des dernières paroles de Rinaldo : l'assurance de son dévouement, son espoir d'une réconciliation entre son épouse, Corail, et le roi d'Ambre, ses explications sur le sentiments et les agissements de la jeune femme...

J'éprouve quelques scrupules à alourdir ainsi le fardeau du roi, qui ne manque pas de sujets de préoccupation. Doux euphémisme !  Je dois admettre ne pas toujours savoir comment me comporter avec mon père. Qui, lui-même, me traite davantage comme une prestigieuse estafette que comme un fils.

Finalement, Random ne paraît pas très convaincu par l'ultime discours de Rinaldo. Pour le reste, il m'informe qu'un conseil de guerre va se tenir dans quelques heures, dans un ancien cabinet d'Eric, près de la bibliothèque.

Je dispose d’un peu de temps avant cette réunion. Et d’un jeu d'Atout à compléter !  Je termine donc la carte d'Emetrios.

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Tristan

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mar 2 Jan - 11:17

Ancien cabinet d’Éric.

J’arrive avant l’aube. Derrière les fenêtres, la nuit, le brouillard et le givre masquent les toits de la cité d’Ambre.

Je me réchauffe au grand feu de cheminée. Un portrait d’Obéron me nargue, narquois. L’assiette improvisée que je me suis composé la veille n’empêche pas mon estomac de gronder. Un esprit prévoyant a heureusement fait préparer quelques plats froids, issus du buffet de la veille. Je me sers une généreuse portion ainsi qu’un bol de café brûlant. Puis je m’installe à un lutrin. Je pourrai au moins commencer quelques esquisses pour compléter mon jeu d’Atouts.

Nous sommes en comité restreint :
- mon père, Random, préside la réunion ;
- lord Danesh, chef de la garde d'Ambre, est à ses côtés ;
- ainsi que lord Chantris, général d’une des armées d'Ambre ;
- Bleys est venu accompagné de sa fille, Clara ;
- Emetrios a traîné son spleen jusqu’ici ;
- ma cousine Nora nous fait grâce de sa présence ;
- enfin, Lystrella et Bérenger ont été sortis de leurs geôles.

Random prend la parole. Le roi remercie une partie de l’assistance pour son comportement héroïque la nuit dernière. Il ajoute que la situation va devenir extrêmement compliquée et que toutes les personnes présentes vont être mises à contribution. Même Bérenger et Lystrella, qu’il a décidé de libérer.

Bleys explique pourquoi. Il manipule la rapière de Cassandre avec désinvolture, à notre grand dam, avant de parler. L’arme abrite en fait un puissant esprit aux ordres de la fille de Deidre. Le sorcier roux l’a pour l’instant endormi. Lystrella et Bérenger étaient bien sous l’emprise d'une force étrangère.

Mon père hoche la tête et énonce les objectifs de ce presque conseil de guerre : retrouver Cassandre, identifier ses complices et vérifier si elle est liée aux attaques dont ont été victimes Bérenger et Emetrios. Random demande qui veut intervenir.

Comme personne ne semble vouloir parler le premier, je prend mon courage à deux mains et je me lance. Je souligne à quel point tous les indices pointent vers les Cours du Chaos : des possessions par un esprit démoniaque, l’armure polymorphe de Cassandre, l’évacuation de celle-ci par un maître du Logrus, voire les fauves venimeux qui ont poursuivi mes cousins... Je révèle à cette occasion être originaire de l’Empire du Chaos - la majeure partie de ma parentèle présente devait déjà le savoir ou l'avoir deviné. Je propose enfin de mener des recherches dans mon pays natal, grâce aux contacts que j’ai conservé là-bas.

Nous commençons à débattre. Personne ne fait attention à mon offre de service, ce qui, je l'avoue, me laisse un goût amer. Ne suis-je bon qu'à porter des messages ?

Lystrella s’inquiète de l’identité de Cassandre, même si ses motivations paraissent bien correspondre à celles d’une fille vengeresse de Deidre. Bleys lui fait répéter son histoire... Cassandre semblait en effet en vouloir aux enfants de Brand et de Caine - qui avaient causé la mort de sa mère supposée. Malgré tout, je formule à mon tour des doutes sur l’ascendance de la traîtresse : quand Deidre aurait-elle eu le temps de la concevoir ?  Random indique que seul Corwin, qui a retrouvé Cassandre, pourrait malheureusement nous renseigner.

Bérenger et Nora reviennent sur l’implication des chaosiens. Les impressionnantes ressources des assaillants, capables d’organiser des embuscades près d’Ambre, seraient d’après le fils de Bleys hors de portée d’une simple faction dissidente des Cours.
Emetrios renchérit : selon lui, rien ne prouve que ces attaques et le meurtre de Rinaldo sont liés. Il faut enquêter des deux côtés - et il est toujours volontaire pour s’occuper des molosses. Lystrella acquiesce.

Je rappelle à tout ce beau monde que nos ennemis ne s’en sont pris qu’aux cibles les plus faciles, comme s’ils étaient renseignés... par un traître !  Nora et Clara préfèrent envisager d’autres hypothèses, sans me convaincre.

Les discussions s'enlisent. Je rappelle alors les deux seules propositions formulées jusqu'ici : la mienne, une enquête dans les Cours, et celle d'Emetrios, une expédition contre les assassins aux molosses venimeux. Emetrios me soutient et annonce que son navire est prêt à appareiller. Lystrella propose de m'aider. Random accepte bien volontiers - après la mort du roi de Kafsha, l'éloignement de la fille de Caine paraît opportun d'un point de vue diplomatique et pourrait passer pour un bannissement temporaire. Bleys annonce qu'il va nous accompagner, il dit avoir besoin d'étudier l'Abysse et craindre qu'il ne vomisse tout ce qu'il contient... Avec du recul, j'aurais dû prêter plus d'attention à cette remarque.

Clara propose de nous fournir un moyen de transport tout-à-fait sûr. L'affaire semble entendue.

Bérenger réalise, un peu tard, qu'il se retrouve d'office engagé dans l'expédition d'Emetrios. Ses plaisanteries détendent l'atmosphère.

La réunion se termine. Chacun sait ce qu'il a à faire. Je commence à donner quelques éclaircissements à Lystrella sur les Cours du Chaos. Mais le sujet est aussi vaste que l'Empire... En aparté, Random nous préconise la prudence. Inutile, en ce qui me concerne : elle est devenue une deuxième nature depuis longtemps !

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mer 3 Jan - 14:06

Chambre de Tristan.

Nous avons enfin eu droit à un peu de repos. De courte durée : je suis réveillé par Bleys, qui tambourine à ma porte. Lystrella l'accompagne. Ravi, mon oncle affirme avoir le moyen de transport idéal. Son enthousiasme, comme celui de Clara plus tôt, me paraît suspect.

Je revêts à la hâte un costume de cavalier quelque peu démodé. Chausses turquoises très ajustées, tunique à manches longues de la même couleur, épais gilet noir brodé d'or, hautes bottes de cuir noir et protections - casque, genouillères et épaulières - en chitine lustrée.

Ombre de Clara.

J'évoque un carrosse, mon oncle éclate de rire. Il appelle Clara, sa fille, par Atout. Celle-ci nous fait passer jusqu'à... un chapiteau rouge ?  Nous nous retrouvons dans l'agitation d'un grand caravansérail, au milieu d'une immense étendue de sable. Nous sommes conduit à un enclos, en périphérie, abritant trois dragons céruléens.



Je contemple les bêtes, fataliste. En effet, nous éviterons toute attaque terrestre. Et avec un peu de chance, ces reptiles ailés seront même plus agréables à monter que les scolopendres géants du Comte Chilos, un ami de ma mère. Impossible d'installer une selle un tant soit peu confortable sur un de ces centipèdes - ou alors, il faut oser le palanquin.

Clara nous explique comment conduire ces dragons, grâce à un harnachement proche de celui d'un simple équidé : les étriers servent à la direction et les rênes gèrent l'altitude. Soit.

Bleys me demande de mener l'expédition. Un choix évident, puisque je connais la destination : les confins de la Passe Zeydon, fief de la Maison de ma mère. Mais j'avais espéré tester la portée des Atouts pendant le voyage... Tant pis.

Je salue Clara, non sans la remercier pour son assistance et lui rappeler que je lui ai donné mon Atout.

Parmi les Ombres.

Nous prenons de l'altitude. Après m'être assuré une nouvelle fois de la docilité de ma monture, je me concentre sur le paysage. Un désert de sable et de rocailles s'étend devant moi. La longueur du périple et la présence de compagnons m'incitent à écarter une Descente aux Enfers. Les terres désolées que je survole me rappellent assez la Plaisance de l'Exploit, l'un des domaines de ma mère. Sans le canyon typique des ombres de la Passe Zeydon, bien sûr. Nous allons nous approcher petit à petit de cet objectif.

Voyons... Après le prochain monticule de roches, une dépression. Qui va se creuser de plus en plus, serpentant sur le sol aride. De virages en méandres, jusqu'à devenir une authentique vallée... Je privilégie les terrains accidentés, plus propices à l'exercice du pouvoir. Plus versatiles. Bosses et creux, hauteurs et cavités, proéminences et anfractuosités. Derrière chaque relief dépassé, des formes plus saillantes se révèlent. Le dénivelé augmente, des falaises succèdent aux montagnes, des défilés étroits deviennent des gorges puis convergent en un gigantesque canyon.

Ces modifications m'épuisent. De si haut, l'expérience s'avère déroutante. D'autant qu'il ne faut pas dédaigner la conduite du dragon.

J'ignore combien de temps s'écoule ainsi. Mais nos dragons finissent par fatiguer, eux aussi. Il est temps de les faire reposer. Je choisis un monde accueillant. Un torrent, courant le long du défilé. Une dizaine de caprins, venus s'abreuver. Aucune bête plus grosse qu'un chien sauvage dans les environs. Quelques traînées de nuages dans un ciel rosâtre, une heure avant le crépuscule.

J'entreprend un lent atterrissage, m'attendant malgré tout à voir surgir des tueurs derrière chaque rocher. Personne ne se montre. Je m'étais assuré de la tranquillité de l'ombre, la Marelle ne m'a pas fait défaut. Nous pouvons camper en toute sécurité.

Je laisse les tâches ménagères à mes compagnons de route, profitant de l'occasion pour tester enfin mes Atouts, sans pouvoir contacter ma mère. Bleys prend le premier tour de garde... et veille en fait toute la nuit, nous laissant dormir, Lystrella et moi. Qu'a-t-il pu manigancer pendant ces heures de solitude ?

Nous repartons le lendemain. Avant de monter en selle, je contemple une dernière fois l'emplacement du bivouac. Je veux fixer le paysage dans ma mémoire, pour pouvoir dessiner un Atout ce cette ombre. Elle pourrait être un emplacement propice pour des recherches ultérieures. Pris d'une impulsion soudaine, je ramasse même un galet dans le lit du torrent.

Décrire la suite du voyage serait fastidieux, faute d'incident notable... Après de longues heures de vol, nous arrivons enfin à destination.

Plaisance de l'Exploit.

Un fleuve gigantesque, alimenté par d'innombrables rivières, s'empresse au fond d'un canyon aux proportions cyclopéennes, cherchant un océan dans lequel se jeter - sans jamais le trouver. Nous ne volons pas assez haut pour le voir, mais cet improbable sillon ceint en fait une petite planète de pierre, dessinant un équateur tortueux sous un ciel ténu. Le climat se révèle ici frais et vivifiant, contrairement aux pôles harcelés par d'éternelles tempêtes.

La Plaisance de l'Exploit, réservée aux sports en tout genre et notamment à l'art nautique. Le dixième domaine de Zorah Zeydon, ma mère, Intendante des Menus Plaisirs de la Maison Zeydon.

Je fais ralentir et descendre ma monture, jusqu'à ce que je puisse me servir de mon jeu d'Atouts. Bleys profite de l'occasion pour nous faire ses adieux. J'imagine qu'il va enquêter du côté de l'Abysse, comme il l'avait promis à Random.

J'appelle ma mère. Nous sommes heureux de nous revoir enfin... Mais quelque chose a changé. Je n'avais jamais vu Zorah aussi soucieuse. Qu'est devenue la matrone aussi enjouée qu'extravagante que j'avais quittée ?  Son inquiétude me contamine. Nous convenons de nous retrouver dans un endroit aussi sûr que discret : mon pavillon préféré de la Plaisance de la Chasse, non loin de là.

L'endroit dispose d'une vue splendide sur une vallée recouverte d'une jungle touffue, fréquentée par des gibiers variés souvent fort dangereux.

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Dim 4 Fév - 22:55

Plaisance de la Chasse

Pour plus de discrétion, nos montures s'éloignent du défilé et s'élèvent vers les hauts plateaux qui l'entourent, aussi déserts que couverts de nuages. De là, nous entamons la dernière étape de notre périple, fort brève. Voyager d'une Plaisance à l'autre ne représente presque aucune difficulté, tant ces ombres sont proches les unes des autres. Elles se ressemblent d'une manière ou d'une autre, puisqu'elles partagent le même modèle : la Passe Zeydon et le gigantesque canyon qui la traverse. Certaines peuvent toutefois se révéler perturbantes, surtout pour des monomorphes comme nous. Je préfère donc ignorer certains raccourcis entre la Plaisance de l'Exploit et la Plaisance de la Chasse.

Nous survolons une forêt clairsemée, d'où émerge une clairière. Un petit terrain entretenu avec soin par les jardiniers de ma mère, de dignes dodécapodes cuirassés d'émeraude. Leurs yeux pédonculés se lèvent vers nous. Ils me reconnaissent et exécutent une révérence des plus distinguée.

Au bout de la clairière, de rustiques bâtiments de bois, aux toits hérissés d'épieux, forment un vaste U. Le corps principal a été construit au bord de la falaise. Là encore, un profond canyon s'étend en contrebas. Ses pentes sont envahies par une jungle aussi dense que baroque, qui paraît presque impénétrable vue d'ici. L'épaisse canopée laisse à peine entrevoir le fleuve au fond du canyon. Je profite un instant du paysage, grandiose. Sous un ciel pourpre, un océan sylvestre, peint de jade et de malachite, traversé par un ruban céruléen.

Pavillon de chasse de Zorah Zeydon

Je fais atterrir mon dragon dans la cours formée par les bâtiments, aussitôt rejoint par ma cousine. Je montre les écuries à Lystrella, qui occupent une aile entière. Nos dragons seront bien traités. Enfin, d'un pas alerte, je me dirige vers le pavillon proprement dit. Le vestibule, puis le salon, je cours presque jusqu'au meuble décoré de scènes obscènes où ma mère range ses alcools les plus forts. Je choisis une bouteille de Grisinthe, liqueur ô combien radicale. Et deux chopines en cristal, destinées à accueillir des breuvages moins puissants.  

Comme à chacune de mes arrivées ici, je porte un toast bruyant au chélicérate irisé, le plus gros gibier que j'ai jamais abattu. Sa monstrueuse tête d'insecte est accrochée au mur, juste en face de moi. La chitine, translucide et chatoyante, semble changer de couleur sous l'effet de la lumière. Je raconte l'anecdote à Lystrella puis m'effondre dans un sofa.

Au regard de ma cousine, je comprends que mon comportement la surprend. Et je réalise que la fatigue du voyage m'a fait perdre la façade placide que j'affecte à Ambre. De vieilles habitudes, tapies dans l'ombre comme des assassins, ont resurgi à l'improviste. J'ai échangé un instant le masque du peintre de cour pour celui de l'adolescent égocentrique. Son confort me surprend. J'en viens presque à comprendre l'attitude de mes plus insupportables cousins, Bérenger et Victoire. Presque.

L'arrivée de dame Zorah Zeydon, ma mère, et de ses serviteurs ne me laisse pas le temps de reprendre contenance. Peu importe. La moue que fait Zorah devant mon attitude désinvolte me remplit d'une douce nostalgie. Mais je ne suis pas en vacance. Je me relève d'un bond pour saluer ma mère et faire les présentations. Et en profite pour me resservir un verre. Après quelques mondanités, Lystrella part se reposer.



Je peux enfin demander à Zorah ce qui s'est passé dans les Cours depuis mon départ. Elle hésite à prendre la parole...

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mer 18 Avr - 23:55

Salon du pavillon de chasse.

Ma mère m'apprend qu'une guerre civile a embrasé les Cours. La Maison Zeydon a réussit à rester neutre jusqu'à présent.

Son récit me fait froid dans le dos.

Il y a un an, le Logrus a cessé d'être accessible pendant neuf jours complets. Un véritable cataclysme, que les habitants des Cours ont appelé la "Grande Absence". Les transports et les communications se sont effondrées. De nombreux habitants ont été piégés dans des ombres, sans pouvoir subvenir à leurs besoins. La magie, souvent alimentée ou contrôlée par le Logrus, s'est délitée. Les Cours ont été décimées.

Certains fidèles du Serpent ont interprété la Grande Absence comme une mise en garde. Des murmures se sont élevés contre l'empereur : le règne de Merlin, ce fils d'Ambre, serait contre-nature. Lord Suhuy, le gardien du Logrus, ne s'est pas manifesté. Seuls Dara ou Mandor pouvaient l’approcher.

La maison Euryale, une obscure famille du septentrion, a mené la fronde. Contre toute attente, cette maison mineure a persuadé ses voisines de se joindre à elle... ou les a vaincues. Leurs thèses ont même atteint la cour impériale. De toute évidence, les Euryales disposaient de ressources insoupçonnées. L'efficacité de leur recrutement en Ombre, notamment, a surpris. Leur politique s'est révélé aussi efficace qu’impitoyable. L'empereur a finalement envoyé la maison Hendrake mater la révolte. La tête de Gilva Hendrake a été renvoyée à Merlin dans une boîte.

À mon tour, j'informe Zorah de ce qui est arrivé à Ambre. Impossible de croire à une coïncidence : les Euryales seraient-ils les alliés de Cassandre ?  Je fais part à ma mère de certains de mes soupçons, notamment sur les liens de nos ennemis avec l'Abysse. Ma mère les confirme en partie : la Passe de la maison Euryale est bien située près de l'Abysse, dans une région très reculée. Mais leurs victoires proviennent le plus souvent d'une réelle supériorité militaire, y compris tactique. Comme si les Euryales étaient conseillés... par une certaine guerrière ambrienne, soit-disant tombée dans l'Abysse ?  Par contre, la maison Euryale ne comprenait dans ses rangs aucun puissant seigneur du Logrus, jusqu'à récemment en tout cas.

Tout se bouscule dans ma tête. Quelle stratégie dois-je adopter ?

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Jeu 19 Avr - 23:49

Comme à mon habitude, je procède avec méthode. Mes meilleurs atouts sont... mes atouts. Je décide de dessiner, de mémoire, celui de Cassandre. Mon oncle Caine arrivait, dit-on, à espionner les conversations d'atouts. Surveiller celui de Cassandre pourrait m'être utile.

Salon du pavillon de chasse, à mon lutrin.

De bon matin, après une courte nuit de sommeil, j'installe un lutrin dans la salle principale du pavillon de chasse, près du poêle. J'esquisse un portrait... une femme pâle à la chevelure sombre, vêtu d'une robe droite et claire. Je ne vais pas gaspiller beaucoup de couleurs.

Lystrella me rejoint. Elle paraît chercher quelque chose et furette de droite à gauche. De mon côté, malgré tous mes efforts, je n'arrive à rien. Je n'ai, en fait, pas assez de souvenirs de Cassandre, d'impressions d'elle, faute de l'avoir vraiment côtoyée. Dépité, je pose mon fusain. Je réalise que Lystrella est en train d'observer mon brouillon, par-dessus mon épaule. Une idée me vient. Ma cousine peut sans doute m'aider. Je lui demande si elle peut corriger mon brouillon. Lystrella propose quelques corrections, puis hésite, et m'annonce soudain qu'elle s'est entretenue avec Cassandre dans un songe !

Je tente de démêler la réalité de la fantasmagorie, ce qui n'est pas si évident dans les Cours. Lystrella m'explique qu'elle a cru s'être réveillée, pour se retrouver dans un bâtiment désert. Lorsqu'elle s'est rendue à l'extérieur, elle a rencontré Cassandre en personne. Au lieu de la défier, celle-ci lui a proposé une alliance pour se tailler un royaume. Elle a reconnu haïr Ambre, qui punit les faibles mais laisse libre un meurtrier avec de puissants soutiens. La simple évocation de notre famille semblait la dégoûter. Lystrella a alors essayé de la ramener à de meilleurs sentiments, en vain. Cassandre était convaincue non seulement du bien fondé de ses actes mais aussi de ses chances de réussite.

Troublé par cette conversation onirique, je réalise l'étendue de mon ignorance sur Cassandre et ses mystérieux alliés. J'essaye de rectifier mon croquis d'atout, tentant de prendre en compte la description de Lystrella. Nouvel échec.

Je me retourne vers ma cousine et commence à évoquer la guerre civile qui ravage l'empire... Lorsque mes yeux croisent ceux de Lystrella, je réalise qu'il existe un moyen de terminer l'atout de Cassandre. Effleurer son esprit pour partager ses impressions de la fille de Deidre. Avec une confiance fort peu ambrienne, Lystrella accepte.

J'approche ma main de la joue gauche de Lystrella. Mon pouce touche son menton, mon index se pose sur sa tempe. Je me rappelle les diverses expériences d'hypnose et de mentalisme tentées dans l'industrieuse Plaisance de l'Esprit. J'opte pour une technique d'induction progressive. Je regarde sa cousine droit dans les yeux. Mes mots s'égrènent, limpides, sur un rythme lent et régulier.

Le contact se fait très facilement. Lystrella est aussi honnête qu'elle le paraît. Elle éprouve de l'empathie pour Cassandre, sans que cela affecte sa loyauté. J'ai peur que notre famille ne soit pas à la hauteur de ses critères moraux... Je me concentre sur les souvenirs de Cassandre, limpides. Cela ressemble bien à un rêve, Lystrella ne paraît pas affectée par un sortilège, un esprit ou un démon...

Je romps le contact pour retourner aussitôt à mon lutrin. Et j'arrive enfin à terminer cet atout.


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Tristan

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Dim 22 Avr - 23:44

Salon du pavillon de chasse, Lystrella prend la pose.

J'ai cependant d'autres atouts à dessiner. Pour commencer, celui de Lystrella, au cas où nous serions séparés.

La fille de Caine accepte de prendre la pose, pendant que je lui expose la situation et esquisse son portrait. Je lui répète donc ce que m'a appris ma mère : comment la maison Euryale, pourtant des plus mineures, mène la révolte contre l'empereur Merlin... avec succès, jusqu'ici.

Je dévisage ma cousine, essayant de restituer sa gouaille et sa franchise sur le papier. Puis je m'attaque à sa chevelure. Elle ne m'a jamais parut aussi lumineuse. Un excès d'éclairage ?  La lumière se concentre à ses pieds, formant un cercle qui tourne et s'élève... Avant que nous n'ayons le temps de faire un geste, l'anneau s'envole, faisant disparaître Lystrella !

Abasourdi, je contemple l'endroit où se tenait Lystrella il y a quelques instants. Je ne connais rien qui puisse faire disparaître ainsi un seigneur de l'ordre ou du chaos. Rien, à l'exception de Brand, peut-être, qui avant de mourir se comportait comme un atout vivant. Si quelque chose de Deidre avait survécu au vide de l'abîme, serait-il possible que le plus fou de mes oncles ait survécu ?

Je dois découvrir si Cassandre est à l'origine de cet enlèvement. Puisque je viens de terminer son atout... je décide de l'espionner, comme Caine le faisait.

J'entend Cassandre en pleine conversation. J'essaye de la retranscrire, de mémoire. Le ton de la fille de Deidre oscillait entre le mépris et la colère. Je ne pouvais entendre son interlocuteur.
- "... encore échoué. Sans notre aide vous n'arrivez décidément à rien."
Une minute plus tard, elle reprend.
- "Comment oublier ? Vous nous le rappelez à chaque fois."
Quelques secondes s'écoulent.
- "Oui, je vais donc m'en occuper mais je préfère n'avoir personne dans mes pattes."
Encore quelques secondes.
- "Je sais. Je vais l'amocher suffisamment pour qu'elle ne nous pose pas de problèmes mais la garderai en vie. Dans tous les cas, elle devrait être beaucoup plus facile à appréhender que l'autre. Néanmoins, je répète que vous vous fourvoyez si vous pensez que cela vous donnera un moyen de pression... Ils n'ont aucun sens de la famille, lui particulièrement je pense, même s'il aime faire croire le contraire. Je doute également qu'il n'ait partagé des informations..."
De nouveau une courte pause.
- "Mais oui, je le ferai quand même. Ça me fera faire un peu d'exercice de toute manière, même si cela risque d'être trop facile. Et avez-vous pu trouver une solution pour mon arme ?"
Une interruption très brève.
- "Le contraire m'aurait étonné. Je ferai donc sans. Je vous informe dès que je lui aurai mis la main dessus."
La conversation prend fin.

Cassandre semble n'être pour rien dans la disparition de Lystrella... mais planifie celle de quelqu'un d'autre. Je crois identifier sa cible : Clara, la fille de Bleys et la sœur de Bérenger. Je n'ai aucun moyen de contacter mon infatigable cousin, qui n'a jamais voulu poser pour moi - rester un tant soit peu immobile n'est pas dans sa nature. J'essaye l'atout de Bleys, un de mes professeurs, sans succès. La carte reste tiède.

Tant de choses à faire et si peu de temps... Random m'avait demandé de veiller sur Lystrella. Tenaillé par la culpabilité, je retourne à mon lutrin et j'esquisse le portrait de ma cousine. Je dessine avec fièvre et insuffle juste assez de pouvoir à mon croquis pour un contact. Mais, là encore, je n'ai pas de réponse.

Dépité, je termine son atout.


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Tristan

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mar 24 Avr - 23:26

Pavillon de chasse, avec ma mère.

Après quelques hésitations, je décide de m'en tenir à la mission que Random m'avait confiée : enquêter sur les alliés de Cassandre dans les Cours. La piste la plus évidente : la maison Euryale, qui mène la rébellion et a les moyens de ses ambitions... des moyens très surprenants.

Il me faut réunir des informations. Et approcher les membres de cette fameuse maison. J'envisage un instant de me déguiser pour assister à une réunion diplomatique. Mais il semble plus sage de demander d'abord à Zorah ce qu'elle sait de cette maison autrefois des plus mineures.

Ma mère m'apprend que le baron à la tête de la maison se nomme Vassily. Un pourceau aussi vicieux qu'insatiable. Zorah n'a pourtant rien contre les sybarites. Elle a aménagé les Plaisances pour le plaisir des membres de la maison Zeydon. Les goûts de Vassily seraient donc des plus immondes...
En tout cas, sous sa férule, la maison Eurtyale ne s'était jusqu'ici jamais mêlée de politique. Certains nobles des cours appréciaient de s'y encanailler, le baron a sans doute tissé un réseau et accumulé bon nombre de secrets compromettants. Son changement d'attitude récent viendrait d'une volonté tardive de se racheter avant de mourir. Parmi sa descendance pléthorique,  un de ses fils nommé Orion serait l'héritier le plus plausible.

Difficile d'en savoir plus. Depuis les affrontements avec la maison Hendrake, les Euryales n'ouvrent plus leurs palais aux autres maisons. Cependant, ils envoient encore des émissaires vers certaines maisons restées neutres et qu'ils espèrent rallier. La maison ne risque pas un de ses membres pour une telle tâche et utilise les services de serviteurs démoniaques, incubes ou succubes.

La maison Zeydon est restée neutre jusqu'ici. Pendant que je réfléchis, je reçois un appel d'atout.

Tante Fiona veut me parler. Elle m'annonce que Corwin, guéri, vient de partir à la recherche de Cassandre. Je lui apprend que notre ennemie, de son côté, mène une expédition pour capturer l'un d'entre nous, sans doute Clara, la fille de Bleys. Nous échangeons quelques informations. Fiona me recommande la prudence : elle se demande si Cassandre n'a pas été utilisée pour faire diversion.
Terrible perspective...
Avant que ma tante ne rompe le contact, je lui demande comment maintenir des communications entre Ambre et les Cours. Elle me conseille d'utiliser une ombre plus centrale et de vider son esprit. Ou de demander à Corwin de m'enseigner comment invoquer un messager de la marelle. Je réalise à cet instant le fossé qui me sépare des anciens dieux du panthéon. Je l'avais presque oublié, à force de les fréquenter.

Il n'est pas facile de se concentrer sur un objectif, avec autant de sollicitations. Mais j'arrive à convenir d'un plan avec ma mère - malgré mes scrupules à exposer, aussi peu que ce soit, la maison Zeydon. Zorah va demander à la duchesse, dont elle est proche, de jouer les médiateurs entre les Euryales et les maisons restées fidèles à la couronne. Certaines d'entre elles sont encore nos alliées. Nous pourrons ensuite suivre l'émissaire des Euryales.

Bien que née simple écuyère, le rang le plus insigne de la noblesse locale, ma mère est monté dans la hiérarchie de la maison Zeydon grâce à son talent et à son inventivité. Je suis fière d'elle.

Je dois maintenant déterminer comment traquer le plénipotentiaire dépêché par les Euryales. Sans que l'on puisse remonter jusqu'aux Zeydons, bien sûr. Je dois renoncer à m'en occuper directement : faute de pouvoir me métamorphoser, je ne pourrai pas suivre le démon bien loin. Par contre, je connais une personne tout-à-fait compétente pour ce genre de tâche. Et avec qui j'ai hâte de renouer.

Je sors l'atout de mon ancienne garde du corps, devenue ma meilleure amie. Un nom débordant de voyelles pour une force de la nature : Elhaëuosia, la démone bleue.



Comme à chacune de nos retrouvailles, nous badinons et nous nous chamaillons. J'ai droit à quelques remarques perfides sur le manque d'exercice. Elhaëuosia, même selon les critères démoniaques, est d'une force peu commune. Elle accepte d'espionner pour mon compte, en ronchonnant. Elle me propose tout de même une stratégie plus directe : capturer l'émissaire et l'inciter à partager ses informations grâce à un usage pertinent des sévices corporels.
Je dois avouer que cette approche me tente. La démone bleue reconnaît que sa tâche ne sera pas facile : les Euryales recrutent actuellement leurs serviteurs parmi les habitants des Abysses inférieurs. Ceux-ci se complaisent dans l'onscurité mais craignent la lumière et ne sont pas d'une nature très obéissante. S'ils font de bons assassins, les employer à d'autres tâches comme s'obstinent à le faire les Euryales paraît saugrenu.
Un autre mystère. Un autre lien avec l'Abysse, où est tombée Deidre.
Comme à chaque fois que j'expose une de mes théories sur la martyre d'Ambre, mon interlocuteur reste sceptique. Peu importe. Je persuade mon amie de rester discrète et lui confie un atout de mon humble personne.

C'est le dernier dont je dispose. J'y arbore ma tenue de bal. Je serai inspiré de me remettre rapidement aux auto-portraits !



Maintenant que le piège est tendu et en attendant qu'il se referme sur ma cible, j'ai un peu de temps à consacrer à un vieux projet...

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MessageSujet: Re: Tristan, dessinateur affable   Mer 25 Avr - 0:21

Ombres malléables, près des Cours.

J'ai de nombreuses informations à partager. J'en aurais bientôt plus encore, si mes plans fonctionnent. Mais j'éprouve les pires difficultés à les transmettre à mes alliés à Ambre. Si tant est qu'un ambrien puisse être qualifié d'allié.

Il faut pallier à la faible portée de mes atouts. Ou, au moins, trouver un moyen rapide de faire l'aller-retour entre Ambre et les Cours. Après avoir longuement réfléchi au sujet, j'ai retenu la solution la plus simple à mettre en place : des étapes. Une série d'ombres-relais, alignées entre les deux pôles de la réalité, chacune étant à la portée de ses deux voisines. Il me suffira d'utiliser les atouts de ces ombres, à la suite, pour parcourir cette distance considérable. Des sauts de puce, plutôt que le vol de l'aigle, mais je m'en contenterai.

Avant de partir, j'essaye une nouveau fois de contacter Lystrella par atout. Avec succès, à ma grande surprise. Ma cousine se porte bien. Fiona semble lui avoir porté secours. Lystrella ne s'étend guère sur ce qui lui est arrivé et m'annonce qu'elle a quelques affaires à régler. Je ne veux pas lui forcer la main, même si j'étais plus ou moins censé garder un œil sur elle. Avant de rompre le contact, elle me prévient que Merlin va essayer de stabiliser le royaume de Kashfa... et que je ne dois pas m'étonner de la résurrection d'un de mes vieux amis.

Décidément, plus j'essaye de trouver des réponses, plus je découvre de nouvelles questions. Mais je me suis fixé un objectif et je vais tâcher de m'y tenir.

Je prépare donc une expédition dans les ombres malléables, près des Cours du Chaos. Je sélectionne une dizaine d'hommes sûrs pour me servir d'escorte.

Plaine de sable, pouponnière des dodécapodes.

Je dirige d'abord mes pas vers une vaste plaine sablonneuse... Mon choix n'est pas anodin. J'ai besoin d'un relais près des Cours, certes. Mais aussi d'une petite armée. Si tu veux la paix, prépare la guerre - si j'en crois une antique formule. J'ai toujours été impressionné par les dodécapodes jardiniers de ma mère. Une version blindée conviendrait tout-à-fait à mes projets. Pourpre plutôt qu'émeraude, il paraît que le sang se voit moins sur une robe de cette couleur. Je cherche donc une ombre accueillant ce genre de créatures.

Je reçois une visite inattendue : Victoire, à la recherche d'Emetrios. Elle laisse échapper quelques commentaires peu amènes sur Bérenger, qui aurait abandonné notre lugubre cousin et ramené un étrange manchot à la place. J'accepte bien volontiers de l'aider dans sa noble tâche. Il semble que je sois l'un des rares à posséder un atout d'Emetrios. Nous nous concentrons tous les deux... sans succès. Je lui cède cet atout en lui suggérant de réessayer depuis une ombre plus proche d'Ambre.



Je lui conseille également la plus grande prudence : elle a fait un long voyage pour me retrouver, sans encombres, mais suivre directement la piste d'Emetrios à travers les ombres serait autrement plus dangereux. Nous échangeons quelques réflexions sur la manière dont nos ennemis sélectionnent et traquent leurs cibles. Enfin, nous nous souhaitons mutuellement bonne chance et nous séparons.

Je retourne à mes occupations. Les jeunes dodécapodes s'extraient tout juste du sable. Je les nourris avec de la viande maigre, un peu faisandée, que mes hommes ont apporté jusqu'ici dans leurs sacoches. Leur obéissance m'est bientôt acquise. J'éprouve un léger sentiment de culpabilité : leur loyauté ne m'aura pas coûté bien cher. Mais je n'ai pas le temps de m'attendrir. Le temps est censé passer plus vite ici qu'en Ambre. J'enseigne les arts de la guerre à cette génération de dodécapodes, qui devra former la suivante, instituant un système pyramidal des plus classiques.



Mon premier relais est sur la bonne voie. J'appellerai cette ombre : la Caserne des Sables. Je dessine son atout avant de repartir. Je peux passer au relais suivant. Je mène mon expédition jusqu'à une forteresse sur une falaise... quand, soudain, une étrange impression m'envahit. Comme si quelqu'un avait effleuré mon atout, pour m'appeler... ou pour m'espionner ?  Je ne dois pas être le seul à maîtriser ce petit tour. Il me faut me montrer prudent. Nous battons en retraite vers la Caserne, après de nombreux détours.

Dôme de nacre, dans un méandre poussiéreux.

Après m'être assuré de ne pas être suivi et avoir renouvelé les rations de mon escorte, je reprends ma route en changeant d'objectif. Je me rapproche toujours d'Ambre mais mon deuxième relais sera un ancien canyon éclairé par un soleil pâle. Un fleuve serpente dans la poussière. Les reliefs érodés depuis longtemps se remarquent à peine. Nous y voilà... Un dôme d'un blanc de nacre, insensible au vent et à l'érosion, se dresse dans l'un des méandres du fleuve. Abandonné par une civilisation depuis longtemps éteinte, ce bâtiment pourra accueillir mon atelier.

J'ordonne à mes hommes de commencer à nettoyer le bâtiment pendant que j'esquisse un nouvel atout.



J'ai à peine terminé celui-ci que je reçois un appel de mon père. Passablement fatigué, celui-ci me convie à un dîner. Je saute sur l'occasion.

Pittoresque taverne de Texorami.

Après avoir donné des dernières instructions à mes hommes, je me retrouve à Texorami, l'ombre maritime où Random aime passer son temps libre. Elle est suffisamment éloignée d'Ambre pour qu'il puisse y trouver la paix - ou chercher la bagarre, selon la réputation du lieu !  Ses tavernes ne désemplissent pas, quelle que soit l'heure. Je viens d'apparaître au beau milieu d'un de ces établissements. Le personnel comme les clients ne s'en offusquent pas.

Je suis quant à moi surpris par l'attitude désenchantée de mon père, qui me rappelle presque les portraits d'Obéron. Il m'apprend les dernières nouvelles du Cercle d'Or. Il semble que les deux pôles de la réalité soient promis à une guerre civile. D'un autre côté, j'ai cru comprendre que les conflits entre les royaumes du Cercle d'Or étaient assez fréquents par le passé. Mais les agissements du roi de Callistra - sous l'influence de sa reine, tante Flora - menacent de déstabiliser toute la région.
De mon côté, je lui révèle tout ce que j'ai appris, en mettant de côté mes théories sur les fantômes surgis de l'Abysse, j'en entendu bien assez de dénégations à ce sujet. Les fruits de mer sont délicieux et d'une grande fraîcheur - mais pas au point de frétiller dans l'assiette comme les vers de qagh de la maison Qo'noS.

Le roi d'Ambre ne me cache pas ses tourments. Son autorité pourrait être remise en question. Je promets de l'aider de mon mieux, notamment en le renseignant sur les agissements de ses ennemis et rivaux des Cours. Le temps passe trop vite et nous devons bientôt nous quitter.

Je reste marqué par ce que j'ai vu dans les yeux de mon père... Mon esprit ne peut s'empêcher d'échafauder une alternative, un nouveau projet pour assurer l'unité du Cercle d'Or. Un phare, sur l'île du Levant, dont je suis le duc après tout. Un miroir de métal, gravé d'une image de la Marelle, projetant une lumière alimentée par l'énergie des atouts à travers tout le Cercle d'Or. Après tout, si obscurcir la Marelle avec une tâche de sang d'Ambre évoque une route noire, il doit être possible de raffermir les passages entre les Ombres voisines d'Ambre en les éclairant avec la lumière de la Marelle.

Un beau projet. Et pas du tout le temps de m'y consacrer. Je retourne au Dôme de nacre, où je compte bien installer mon atelier.

Dôme de nacre, en cours d'aménagement.

Un bref contact d'atout avec ma mère m'apprend que nos plans avancent lentement. Cédant à une impulsion, je m'essaie à la cartomancie, art divinatoire fort prisé par les membres du Panthéon. J'aligne les cartes de Rinaldo et de la reine Vialle, celle de Lord Henden prend place entre les deux. Je ressens une grande fatigue, sans être plus avancé pour autant.

Rinaldo va-t'il revenir d'entre les morts pour faire son grand retour à la Cour d'Ambre, en présence de Vialle ? L'assassinat de Rinaldo menace-t-il la reine Vialle, qui pourrait être victime d'un complot de la Cour en l'absence de son époux ? Au mieux, mon jeu manque de cartes, et donc de précision. Je me promets de trouver le temps de l'étoffer.

Au petit matin, je continue à prendre le contrôle de l'ombre. Puis, je dessine un nouvel atout de moi-même. Enfin, je réunis mon escorte pour partir jusqu'au prochain relais. En route, nous acquérons des montures, que nous changeons souvent. Je veux aller vite, sans rien sacrifier à ma sécurité. Je conduis l'expédition jusqu'à l'ombre du bivouac, où Bleys, Lystrella et moi-même avions fait halte lors de notre voyage jusqu'aux cours. J'ai toujours avec moi un galet de la rivière où nos dragons s'étaient abreuvés.

Bivouac, rivière tranquille.

Je pensais retrouver facilement cette ombre, située à peu près à mi-chemin, à dos de dragon, entre Ambre et les Cours. Trois demi-dieux d'Ambre y ayant séjourné, même brièvement, l'avait forcément rendue un peu plus réelle, facilitant le voyage parmi les ombres fugaces...

Par contre, je ne pensais pas y retrouver Bleys.

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